Commémoration de la Rafle du Vel d’Hiv à Perpignan le 16 Juillet 2017

A l'ocassion de cette jounée de commémoration de la Rafle du Veld'Hiv, nous vous proposons de découvrir le discours de Maître Daniel Halimi, Président de la Communauté Juive de Perpignan et des Pyrénées-Orientales: "En ce jour, le temps est suspendu à l’une des blessures les plus profondes de notre histoire. C’était il y a 75 ans, c’était hier !! La scène se déroule au Vélodrome d’Hiver dans l’un de ces temples du sport français, où jadis, la ferveur populaire se mêlait au vacarme des courses cyclistes. Ce 16 juillet 1942, ce ne sont pas des athlètes qui occupent les gradins du Vélodrome d’Hiver. Non, ce sont les visages de milliers d’enfants, de femmes et de vieillards anonymes, d’hommes dans la force de l’âge, et de nouveaux nés qui dans une atmosphère de mort et d’effroi, se bousculent aux portes de notre mémoire. Tous ces visages sont liés à une communauté de destin. La communauté juive. Celle d’Abraham, d’Isaac et de Jacob à qui l’éternel promit un jour que sa postérité se mesurerait à l’aune de la poussière infinie de la terre. Mais tous appartiennent aussi à une communauté d’élection. Celle de Napoléon Bonaparte, de Voltaire et de Diderot. La communauté française. Pourtant, les 16 et 17 juillet 1942, aucune de ces communautés n’arrivera à paralyser la folie destructrice du régime nazi. Et tous seront impuissants face à la complicité honteuse du régime de Français de Vichy qui en arrachant 13 200 personnes à leur destin, a dans le même temps inexorablement terni le visage de la France. C’est un fait : certaines blessures sont irréversibles. Et l’Histoire engage chacun d’entre nous, chacun de nos amis, chacun de nos proches. Elle nous invite à tirer les conclusions du passé pour qu’enfin les idéologies mortifères d’une poignée d’hommes cèdent sous le poids de la mémoire collective. Pour qu’enfin, nous puissions convertir en espérance, deux des plus grands fléaux de l’Humanité : La résignation et la lâcheté humaine qui ne sont au fond, qu’une forme de consentement à la barbarie. Comme le disait si justement le grand penseur de l’autre rive de la méditerranée, Albert Camus « Chaque génération se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse ». Et Camus avait raison. Au commencement et à la fin de toute époque, au milieu du chaos ambiant, des veilleurs de l’Humanité se sont dressés pour rétablir l’équilibre du monde. Sans ces grandes âmes, la marche de l’Histoire serait sans doute bien différente mais surtout bien plus sombre. En faisant référence aux Veilleurs de l’Humanité, comment ne pas penser aujourd’hui à Elie Wiesel qui nous a quitté voici un an ? Vouloir ranger Elie Wiesel au rang d’un simple survivant de la Shoah serait réducteur tant Elie Wiesel s’appuyait sur l’horreur de son passé pour nous dire que la seule prolongation de l’abomination était l’Espoir. Ce grand personnage vouait une admiration sans faille en l’Homme. J’ai le souvenir qu’il nous racontait sa libération des camps et que pendant plusieurs jours, il ne trouvait pas d’autres mots à l’égard de ses sauveteurs que : « Merci, merci de nous considérer et de nous traiter comme des Etres Humains ... » Elie vouait une admiration sans faille envers la jeunesse qui, pour lui, constituait le seul avenir viable de l’humanité. Je voudrais aujourd’hui également rendre un hommage appuyé à l’une de ces grandes âmes qui s’est éteinte il y a quelques jours. Il s’agit de Simone Veil. Cette grande dame a vu dès son plus jeune âge, la chair de sa chair, réduite à l’état de cendres dans les camps d’extermination. Pourtant, à mesure qu’elle voyait ses proches disparaître pour une seule et abjecte raison : celle d’être juifs, sa foi en l’Humanité s’est renforcée. Au lendemain de la libération, elle n’a jamais cessé de lutter pour la réconciliation du peuple français avec le peuple allemand. Simone Veil savait au lendemain de la Shoah que la paix repose sur des équilibres fragiles. Simone Veil savait également qu’il n’y est de paix durable que lorsqu’elle s’inscrit dans les sillages de l’altérité et de l’universalité. Simone Veil savait enfin, à l’image du combat acharné qu’elle a mené en 1974 pour la cause des femmes que la liberté n’est pas une destination, mais une lutte sans relâche et sans compromis. Certains comme Simone Veil ont eu une vision au sortir de la Seconde Guerre Mondiale : Celle d’une Europe qui après avoir été meurtrie et ravagée par les guerres que se livraient sans merci ses peuples, pourrait enfin connaître la prospérité et l’espérance. Aujourd’hui, et quoi qu’en disent les plus sceptiques d’entre nous, nos enfants n’ont pas à tenir la main de leur meilleur ami pour les accompagner bien trop prématurément dans leur dernier souffle. Ils n’ont pas à pointer leurs armes sur le visage de leurs frères européens. Ils n’ont pas non plus à se sacrifier pour sauver la nation d’un péril imminent en laissant derrière eux femmes et enfants livrés à la solitude et au désespoir. Alors oui, il est indispensable que nous et nos enfants nous souvenions des 16 et 17 juillet 1942. Non pas pour nous sentir coupables, non pas pour nous flageller mais pour prendre conscience que comme l’écrivait le philosophe Vladimir Jankélévitch : « la mère des vertus est le courage. » En effet, c’est parfois au péril de la vie d’hommes et de femmes de courage (et j’ai une pensée émue pour tous ces justes parmi les Nations, que nous aurions pu appeler Héros, mais que nous préférons nommer JUSTES) que nous pouvons enfin affirmer sans crainte que nous sommes libres. Alors de grâce ne les décevons pas, ne travestissons pas le message de ces êtres de lumière et souvenons-nous des 16 et 17 juillet 1942 pour que demain, les générations futures puissent elles-aussi affirmer fièrement à la face de l’Europe « Oui, je suis libre ". Merci à notre Vice-Président National Monsieur Laurent Coronas et à notre Directeur Général Serge Bismuth d'avoir déposé officiellement notre Gerbe de Zakhor Pour la Mémoire et des Fils et Filles des Déportés Juifs de France aux côtés de Jean-Marie Barbiche, Président du Souvenir Français des Pyrénées-Orientales et du Colonel Christophe Correra, Délégué Militaire Départemental des Pyrénées-Orientales. A tous les élus présents ainsi qu'aux Autorités Civiles, Millitaires, Religieuses et amis, merci de votre soutien en cette journée.